Le Quotidien du Médecin leader francais de la presse médicale
Date: Fri, 27 Sep 2002 09:00:47 +0200
Recherche Documentaire
ECSTASY - Risque Dopaminergique
Deux ou trois prises d'ecstasy en quelques heures : risque dopaminergique
Une nouvelle étude conduite chez deux espèces de singes révise à la hausse
les risques de la prise d'ecstasy. Seulement deux ou trois prises d'ecstasy
se succédant sur quelques heures pourraient élever le risque de développer
un syndrome parkinsonien ou d'autres troubles neurologiques. En effet, chez
les singes, deux ou trois doses successives d'ecstasy, ou MDMA, équivalentes à ce que prennent les
jeunes au cours d'une rave-party, produisent non seulement une neurotoxicité sérotoninergique modérée,
que l'on connaissait déjà, mais aussi, et c'est nouveau, une neurotoxicité
dopaminergique sévère.
«L'implication la plus inquiétante de ce résultat est que, en conséquence
des lésions dopaminergiques induites par le MDMA, les jeunes adultes pourraient augmenter leur risque de développer plus tard un
syndrome parkinsonien, dont les symptômes sont similaires à ceux de la maladie de
Parkinson», commente dans un communiqué le Dr George Ricaurte, de la Johns
Hopkins University à Baltimore, qui a dirigé l'étude.
L'ecstasy, dont l'acronyme scientifique est le MDMA (3,4-méthylène-dioxy-méthamphétamine), est une
drogue euphorisante devenue extrêmement populaire, en particulier dans les rave-parties. Les jeunes
raveurs, considérant l'ecstasy comme une drogue non dangereuse, prennent
souvent plusieurs doses au cours d'une même nuit. On pensait jusqu'ici, d'après les études chez l'animal, que l'ecstasy ne
produisait des dégâts que sur les neurones sérotoninergiques (neurotoxicité
sérotoninergique sélective), les neurones intervenant dans l'humeur et le
comportement. Il restait toutefois des doutes sur la question de savoir si
les doses toxiques chez les animaux étaient comparables aux doses prises
chez l'homme.
Trois doses à trois heures d'intervalle
Ricaurte et coll. ont entrepris leur étude afin de clarifier la question.Ils ont évalué chez le singe (le singe «écureuil») l'effet de trois
administrations successives de MDMA (2 mg/kg) données à trois heures d'intervalle. Cela équivaut à la façon dont de nombreux raveurs prennent
l'ecstasy au cours d'une nuit de rave-party. Deux à six semaines après
cette exposition, une batterie d'examens a révélé la présence non seulement
d'une neurotoxicité sérotoninergique modérée, mais aussi d'une neurotoxicité dopaminergique
sévère, y compris chez des singes qui n'avaient reçu que deux doses. Surpris par ces résultats, les
chercheurs ont répété l'expérience chez le babouin, et les résultats ont été les mêmes.
Dans une autre expérience, les chercheurs ont donné aux singes une semaine
avant et une semaine après la prise d'ecstasy une dose d'AMPT (alpha-méthyl-para-tyrosine). L'AMPT réduit progressivement
la concentration de dopamine cérébrale et permet de simuler le déclin
progressif de la fonction dopaminergique qui survient avec l'âge. Les chercheurs ont découvert que, après l'ecstasy,
l'AMPT entraîne significativement plus de déficits moteurs qu'avant l'administration
d'ecstasy, ce qui suggère que l'ecstasy pourrait aussi interférer avec les
capacités motrices de l'homme vieillissant.
Les études antérieures chez les singes avaient généralement utilisé des
doses plus élevées de MDMA (5 à 10 mg/kg) qui étaient administrées deux
fois par jour pendant quatre jours. Ces schémas posologiques engendraient
une toxicité plus sévère mais extrêmement sélective envers les neurones
sérotoninergiques, et n'avaient aucun effet durable sur les neurones dopaminergiques. Puisque ces
schémas posologiques ne ressemblaient pas à ceux trouvés chez la plupart des usagers de l'ecstasy, il
restait possible que les usagers occasionnels ne soient pas à risque de lésion neurotoxique.
Même une seule fois
«Les résultats présents indiquent que même des individus qui prennent de
l'ecstasy une seule fois pourraient avoir un risque de lésion cérébrale
importante, s'ils prennent deux ou trois doses successives à quelques heures d'intervalle», notent les chercheurs.
«Cette lésion neuronale dopaminergique cérébrale, jointe au déclin de la
fonction dopaminergique avec l'âge, pourrait conférer à ces individus un
risque accru de développer un syndrome parkinsonien ainsi que d'autres maladies neuropsychiatriques avec déficit cérébral en dopamine/sérotonine,
soit chez les jeunes adultes, soit plus tard dans la vie», concluent les
chercheurs.
La neurotoxicité de l'ecstasy devrait, par conséquent, être envisagée dans
le diagnostic différentiel du syndrome parkinsonien chez les jeunes adultes. «Nous ne pouvons pas être totalement sûrs que les
données animales se généraliseront aux hommes », note dans un communiqué le Dr
Ricaurte. «Mais, en nous fondant sur ce que nous savons sur le MDMA, c'est
notre inquiétude majeure.» «Cette étude souligne les dégâts à multifacettes que l'ecstasy peut produire chez les usagers», commente pour
sa part le Dr Alan Leshner, ex-directeur du National Institute on Drug Abuse. «Nous savons depuis
longtemps que l'usage répété d'ecstasy lèse les cellules cérébrales à sérotonine. Cette étude montre
que même des utilisations très occasionnelles peuvent avoir des effets durables sur de
nombreux systèmes cérébraux différents. Cela envoie un message important
aux jeunes : "Ne faites pas d'expériences avec votre propre cerveau" ».
Dr Véronique NGUYEN
« Science » du 27 septembre 2002, p. 2260. - Copyright © Quotimed 2001(Tous droits réservés) |